
Le site suédois de musique en ligne Spotify vient de lancer un nouveau service de radio en ligne sur mobile grâce à la mise à jour de l’application iOS et Android.
Spotify et Deezer sont les deux concurrents en France pour l’écoute de musique en ligne. Ils permettent gratuitement d’écouter n’importe quelle chanson parmi un catalogue de plusieurs millions de chansons. Avec un abonnement à 10€ par mois vous pouvez en plus, télécharger l’application sur votre mobile et écouter n’importe où la chanson de votre choix avec ou sans accès à internet.
La radio selon Spotify
Le terme de radio n’a plus le même sens qu’à l’origine. Aujourd’hui, pour les entreprises de musique en ligne, une radio est résumée à un fil musical continu qui correspondrait à son goût propre.
Pour faire sa radio deux solutions, la plus simple et la moins personnalisée, vous choisissez une thématique : rock, rap, 90’s… et Spotify choisit parmi les titres les plus écoutés dans chaque catégorie.
La deuxième : vous aimez un album, un artiste, une playlist ou une chanson et ça reflète votre envie de musique du moment ? Vous cliquez alors sur « Ecouter la radio liée » (le petit symbole avec un point et des ondes) et c’est parti pour une succession de chansons liées sans pub, sans jingle et non-stop.

Si vous aimez beaucoup une chanson, vous appuyez sur le pouce vers le haut, si vous n’aimez pas, vous zappez en appuyant sur le pouce vers le bas. Un bon point est que Spotify ajoute à une playlist « favoris des radios » tous les titres que vous avez « Poucé vers le haut ». Enfin, vous pouvez passer une chanson sans que ça influe sur la radio. C’est grâce à ce système de vote que Spotify va améliorer la radio au fil des pouces pour qu’elle vous corresponde.

Mais que veut dire « chanson liée » pour Spotify ?
Vous ne vous rendez pas compte de l’importance du pouce sur lequel vous avez appuyé. Contrairement à la programmation radio où la personne en charge de la playlist va enchainer les chansons en fonction de l’humeur, du genre, du tempo et de l’esprit de la radio… Spotify va se servir d’une chose qu’ils ont réussi à perfectionner grâce à Facebook : le SOCIAL.
Si, par exemple, vous écoutez la chanson « David Guetta – Titanium », vous n’avez pas été le seul à l’écouter et c’est là-dessus que le site va jouer. Spotify détermine en fonction de l’écoute de ses millions de membres ce que vous seriez potentiellement susceptible d’aimer, c’est la radio sociale. Si 90% des gens qui écoutent « David Guetta » écoutent aussi « Rihanna » alors il y a de fortes chances que vous ayez droit à cette chanson juste après, dans une radio spécialisée « David Guetta ». Le vote au pouce est utilisé au même plan que ce que les radios FM font déjà : les call-out et auditorium. Les deux études demandent à un panel d’auditeurs s’ils aiment telle ou telle chanson, si oui, la chanson entre en playlist en radio, si non, elle est rejetée. Si 90% du panel aime une chanson, alors 90% de l’auditoire de la radio aimera cette chanson et vous aurez de forte chances de l’écouter sur cette chaîne.
Les résultats :
Nous avons testé avec les « 20 hits d’NRJ » (trouvés ici) que nous avons entrés dans une playlist et puis nous avons appuyé sur « Radio liée ». Voici les premières chansons que nous avons eu en écoute :

Ce sont donc tous des artistes NRJ qui passent souvent sur la radio (One Direction, Lady Gaga, Lykkie Li, Tal…). Les titres ne sont pas leurs plus grands succès à chaque fois. On est supris d’écouter Avril Lavigne et surtout pas forcement content d’écouter deux fois Sniper en moins de 30 minutes. L’avantage est qu’on zappe si on n’aime pas ce groupe ou la chanson, tout en restant sur le même style de radio. Mais au final avec leur système de radio sociale, Spotify ne fait rien de plus que ce que font déjà les radios musicales. Pas de découvertes d’artistes pas très connus mais qui pourraient plaire en fonction de leur genre de musique. Ce n’est pas grâce à Spotify Radio que Lily Allen ou Adele pourrait être découvertes et médiatiques. Il manque le côté humains dénicheurs de nouveaux talents qui sont présents en radios FM et maisons de disque. Autre problème, il apparaît par moment des versions « Karaoké » ou « Tribute to » des chansons, c’est à dire des reprises low-cost a peu près identiques à la version originale.
En revanche, l’application Spotify est très belle, sur l’iPad ça brille, on voit les pochettes en grand. Même si, et c’est très dédommageable, l’application ne cesse de planter quand on laisse l’écran allumé. Trois fois en dix minutes dès qu’on zappe ou qu’on appuie sur les pouces alors qu’elle ne plante pas l’écran éteint. On regrette également, le fait de ne pas pouvoir enregistrer sa radio préférée et l’améliorer au fil des jours/semaines en votant avec les pouces.
Au final, si on écoute la radio sans vraiment l’écouter, ça fait un très bon flux musical de fond, d’ambiance. Il n’y a pas de grosses erreurs de style. Une radio liée à une playlist plutôt lente et douce proposera des chansons lentes et douces. Si en revanche on écoute plus attentivement, la radio lente et douce pourra très souvent faire apparaitre des artistes très écoutés comme Lana Del Rey par exemple et même si on appuie sur le pouce moins, elle reviendra. C’est la limite de l’automatisme de Spotify Radio.
Les +/les -
Ce qui fait qu’on peut se passer des radios musicales :
Pas de publicité
Un flux non stop de musique, de la musique 7j/7 24h/24 sans interruption
On zappe quand on aime pas
On a en plus des radios, un service de musique en ligne illimité.
Ce qui fait qu’on ne peut pas se passer des musicales :
Le catalogue n’est pas illimité : si vous aimez les Beatles, les Serebro ou alors Michel Berger, alors jamais vous ne pourrez les entendre puisque Spotify n’a pas les droits de diffusion.
Radio payante : Il vous coutera 9,99€ pour pouvoir écouter de la musique.
Des rotations mal gérées : des artistes reviennent même si on les zappe.
Une application instable : beaucoup de bugs entachent malheureusement l’écoute.
La diffusion : malgré l’effort des opérateurs pour installer l’internet partout, ça n’égale pas la diffusion FM d’une radio.
Pas d’humanité : pas d’animateurs, pas d’info, pas de rire, pas de chaleur (même si l’humanité est fortement réduite en radio depuis 10 ans)
Avenir serein pour les radios FM ?
La radio musicale fonctionne encore aujourd’hui par notre propre flemmardise. En effet, on veut écouter de la musique qui nous plait, mais on n’a pas le courage ni le temps de passer des heures à faire une playlist, à chercher sur iTunes Store ou sur CD la chanson qu’il nous faut. On n’a pas non plus envie de payer pour chaque chanson. 1€ la chanson : pour avoir autant de titres différents qu’en radio, il faudrait débourser plusieurs milliers d’Euros. C’est une des raisons pour laquelle l’iPod et les mp3 n’ont jamais tué la radio FM. NRJ est en passe de redevenir première radio de France comme 10 ans auparavant. Sauf que là, tout change, on a des playlists à faire soi-même avec un catalogue de titres pratiquement illimité et quand on a pas le temps, on met le mode « Radio » et on a de la musique non stop sans faire quoi que ce soit.
Il suffit en plus de jeter un œil sur ce qu’il se passe aux Etats Unis à l’heure actuelle pour s’inquieter de l’avenir de la radio FM. Spotify est venu concurrencer le système Pandora déjà en place depuis une petite dizaine d’années. Ce service ne propose que des radios personnalisées, pas de musique illimitée. En revanche, avec celui-ci, les chansons sont liées par plus de 300 points de contact : le tempo, les instruments, l’humeur, le style… Depuis 10 ans la société travaille sur tous les liens entre les musique et les auditeurs à travers leur Music Genome Project. Nous ne pouvons pas tester légalement le système en France puisque réservé aux Etats Unis pour des questions de droits. Le prix est de 5€ par mois (ou limité à 40h d’écoute gratuite par mois). On peut enregistrer ses styles de radio qu’on fait évoluer petit à petit. Le système a l’air de bien fonctionner.
Aujourd’hui, Pandora est considéré par ses auditeurs comme une radio, non plus comme un site internet ou un service de musique. Ce qui fait qu’à Los Angeles, là où la radio KIIS dominait largement ses concurrents, Pandora vient de les doubler :
1.9-million people in Los Angeles listened to Pandora between September and October of 2011. The No. 2 station, KIIS-FM, garnered 1.4-million listeners in the same time frame.
source : L.A Times
Donc, quand on demande à des gens par téléphone, quelle radio ils écoutent, ils répondent désormais plus souvent Pandora que Kiis. Il faut savoir qu’aux Etats Unis, le système Pandora peut désormais s’adapter à plusieurs autoradios en voiture (Pioneer, Sony…) via son iPhone. L’écoute peut donc se faire en continuité, chez soi, en voiture et au travail. Là où Spotify destabilise son concurrent c’est que le système de radio est gratuit (avec Pub de 30s) outre Atlantique contrairement à l’Europe.
Demain, il sera donc possible d’écouter sa propre radio gratuitement et n’importe où . Si Spotify met vraiment de l’argent et des moyens dans ce service encore très jeune (il n’a que 2 semaines) et qu’il s’offre des professionnels de radios pour améliorer l’automate alors il se pourrait que nos radios FM comme on les connait aujourd’hui aient à se réinventer. Et peut être que l’argent dépensé dans la Radio Numérique Terrestre devrait plutôt servir à prendre les devant pour concurrencer ces nouveaux médias. La grande question sera : Qu’est ce que les radios musicales FM peuvent apporter de plus qu’une simple playlist?



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